Voici le discours que j’ai prononcé le 8 juin 2016 à l’occasion de mon investiture en tant que maire de la Ville de Genève :

Monsieur le Président du Grand Conseil,

Monsieur le Procureur général,

Monsieur l’Ambassadeur,

Monsieur le Président du Conseil municipal de la Ville de Genève,

Messieurs les Conseillers d’Etat,

Chers collègues du Conseil administratif de la Ville de Genève

Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers nationaux,

Madame la Conseillère aux Etats et Monsieur le Conseiller aux Etats,

Mesdames et Messieurs les Juges fédéraux,

Mesdames et Messieurs les Présidents des juridictions du pouvoir judiciaire,

Mesdames et Messieurs les Députés au Grand Conseil,

Madame le Sautier du Grand Conseil,

Monsieur le Président de l’Association des Communes genevoises,

Mesdames et Messieurs les Maires des Communes genevoises,

Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers administratifs des communes genevoises,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil municipal de la Ville de Genève,

Mesdames et Messieurs les anciens Maires et Magistrats de la Ville de Genève,

Monsieur le Directeur général de la Ville de Genève,

Mesdames et Messieurs les collaboratrices et collaborateurs de la Ville,

Mesdames et Messieurs les habitantes et habitants de la Ville et du Canton de Genève,

 

C’est avec une grande émotion que je m’adresse à vous, aujourd’hui, en tant que maire de Genève.

Genève représente tellement pour moi. J’y suis né, j’y ai grandi, et j’y ai travaillé. Fier de ma ville, je m’engage pour elle, avec toute mon énergie.

Comme simple citoyen ou en tant que maire, j’ai toujours été fier de ma ville. Genève est une ville qui s’est toujours battue pour son indépendance, une certaine idée de soi. Terre de Réforme et d’accueil pour les persécutés religieux, elle s’est émancipée et s’est distinguée grâce à ses nouveaux arrivants, qui y ont développé l’horlogerie, la finance et le négoce, et ont apporté une richesse intellectuelle et culturelle indéniables.

Genève a aussi développé une vocation humanitaire et de facilitatrice de dialogue, qui s’est concrétisée dans des évènements tels que la création du Comité International de la Croix Rouge, la rédaction des Conventions de Genève, et l’Esprit de Genève qui motiva les travaux de la Société des Nations.

L’Histoire de notre Ville est bien connue à l’étranger. A ce titre, j’ai toujours été surpris par le décalage qui existait entre la perception positive de Genève à l’étranger et l’image, moins flatteuse, que certains Genevois ont de leur propre cité.

Mais il faut l’admettre : Genève n’a pas su anticiper sa croissance. Le manque de logements et des loyers trop élevés ont poussé des milliers de Genevois à quitter la ville.

Nous avons aussi tardé à adapter nos infrastructures, surtout dans le domaine de la mobilité. Nos transports publics sont malheureusement plus lents qu’ailleurs. Nos routes sont souvent bouchées. Cette situation est une source quasi-quotidienne d’énervement pour nos habitants, et un facteur qui peut être pénalisant pour nos entreprises, nos commerces, et nos visiteurs.

Le déménagement de l’Union internationale des télécommunications, un temps évoqué, nous a aussi rappelé que la présence des organisations internationales sur notre sol n’est pas acquise.

Notre économie fait également face à plusieurs incertitudes. Le secteur bancaire, un des poumons de l’économie genevoise, doit s’adapter à un contexte changeant. Le franc fort et une croissance mondiale atone impactent encore plusieurs industries genevoises dont le tourisme et l’exportation.

Genève, à l’instar d’autres cités, n’est pas épargnée par la précarité, qui touche une partie de sa population. Tous les jours, des parents se demandent si leurs enfants parviendront à trouver un emploi le moment venu.

Malgré cela, les intérêts particuliers continuent malheureusement de l’emporter trop souvent sur l’intérêt général. A plusieurs occasions, les oppositions stériles nous ont empêchés d’avancer ensemble face à tous ses défis. A ce propos, j’espère que le Conseil administratif et le Conseil municipal arriveront à trouver des terrains d’entente, en particulier sur les enjeux budgétaires.

Le monde évolue.

Dans un environnement où la compétition mondiale entre les villes fait rage, j’encouragerai les Genevoises et les Genevois à ne pas craindre le changement, mais à le façonner, en valorisant nos atouts, comme l’ont fait nos prédécesseurs.

Nichée entre lac et montagne, Genève profite d’un environnement exceptionnel. Elle bénéficie d’une cinquantaine de parcs et d’une qualité de soins remarquables, qui poussent de nombreuses personnes à venir de loin pour se faire soigner dans nos hôpitaux et cliniques. Notre université, plusieurs fois récipiendaire de la médaille Fields et de Prix Nobel, et nos hautes écoles contribuent au rayonnement intellectuel de la ville.

Siège européen de l’Organisation des Nations Unies, la Ville abrite aujourd’hui 33 institutions, organisations et organismes internationaux, 250 ONG, et 255 missions et représentations diplomatiques. Elle reste un centre de dialogue privilégié, à l’exemple des pourparlers intra-syriens actuels.

Notre ville profite par ailleurs de l’image positive de la Suisse dans le monde. Cette fameuse neutralité, et surtout ce sens du travail bien fait, sont enviés à l’extérieur de nos frontières. Ainsi, de nombreux expatriés et entreprises multinationales sont attirés par le cadre de Genève.

Genève a tout pour réussir, encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens. En tant que maire de Genève, je m’engagerai pour que la ville conserve et augmente son attractivité.

Au niveau communal, à l’instar des actions du Conseil administratif, j’encouragerai une politique du domaine public dynamique qui donne envie aux gens de venir ou de rester au centre-ville. Nous devons favoriser des animations et des manifestations à même de surprendre et de séduire habitants et touristes.

De la même manière, notre offre culturelle doit être plurielle et diversifiée. Mais cela ne doit toutefois pas nous empêcher de développer des pôles d’excellence.

Parallèlement, il est impératif d’améliorer la qualité de vie des résidents en végétalisant les quartiers et en les dotant d’aménagements de qualité, y compris pour notre Rade.

Je veux également, avec le Conseil administratif, continuer à renforcer la sécurité de proximité et le secours. Depuis 2012, grâce à l’appui du Conseil municipal nous avons augmenté de plus de 50% les effectifs de la Police municipale. Il nous faut désormais mettre la priorité sur le secours et la lutte anti-incendie.

Au niveau cantonal et régional, nous ne pouvons que saluer la rénovation et la future extension de la Gare Cornavin. La construction du CEVA permettra aussi bientôt d’améliorer la mobilité. Pour faire face aux futurs besoins en matière de déplacements, je pense qu’il est indispensable de se mettre à réfléchir sans attendre à l’extension du CEVA pour être prêts le moment venu.

Je salue également le vote de dimanche dernier, qui doit nous permettre de donner la priorité à la mobilité douce dans l’hypercentre, tout en fluidifiant le trafic autour de la Ville. Il faudra aussi construire le parking des Clés-de-Rive, condition sine qua none pour qu’un accord politique puisse être trouvé afin de piétonniser et d’aménager la zone de Rive qui a besoin d’un sérieux lifting.

J’applaudis également l’engagement de la Ville de Genève, du Canton et de la Confédération en faveur de la rénovation et de l’extension du Palais des Nations.

De la même manière, sur la question relative au futur taux d’imposition pour les entreprises, il s’agit aujourd’hui de dépasser les clivages idéologiques et d’avancer ensemble.

A titre personnel, je suis convaincu que ce taux doit se situer aux alentours de 13% pour conserver et créer des emplois à Genève. Un accord politique gauche-droite devra être trouvé sur les compensations.

Afin de renforcer notre attractivité, je favoriserai en tant que maire le rapprochement de Genève avec le reste de la Suisse, afin que nous nous inspirions des solutions apportées à des défis identiques aux nôtres. Zurich, par exemple, a su réinventer les bords de la Limmat et de son lac en zone de baignade et d‘activités récréatives. Elle a également su requalifier sa zone industrielle en un pôle économique et culturel de premier plan.

C’est dans cet esprit d’échange que j’ai invité Bâle-Ville comme invité d’honneur du 1er Août aux Bastions. Un canton qui partage bien des points communs avec Genève, en tant qu’agglomération transfrontalière. Je suis certain que nous pouvons apprendre beaucoup de nos amis bâlois.

Comme par le passé, la force de notre ville passera par l’accueil, l’ouverture et l’inclusion de toutes les forces vives. En tant que maire de Genève, je me lèverai contre toute stigmatisation d’une communauté en particulier. Les discours simplistes et populistes desservent notre cité.

Genève s’est toujours développée grâce aux efforts des étrangers dans tous les domaines. Leur présence est devenue tellement naturelle que certains oublient un peu vite leur apport à la Cité. Mais sans étrangers et sans frontaliers, nos restaurants, nos commerces ou nos hôpitaux, par exemple, ne fonctionneraient pas.

Toutes ces personnes contribuent aujourd’hui grandement au développement économique et culturel de Genève, qui est menacé directement par la mise en œuvre de l’initiative « contre l’immigration de masse ».

J’appelle donc à résister aux sirènes du populisme. Nous devons continuer de voir les étrangers comme une chance pour Genève et non comme une menace.

C’est dans cet esprit fédérateur et d’écoute, que je souhaite soutenir toutes les forces créatives présentes à Genève, d’où qu’elles viennent ; aller à la rencontre de celles et ceux qui s’engagent, chaque jour, pour Genève et ses habitants.

En tant que maire, je serai le porte-parole de cette Genève audacieuse et dynamique, ouverte sur la Suisse et le reste du monde, et ambitieuse quant à son avenir. Une Genève source de prospérité et de bien-être pour ses habitantes et ses habitants. Une Genève qui continue d’inspirer la Suisse et le monde.

Merci de votre attention.