Les nouvelles places genevoises sont-elles trop minérales s’interrogeait cette semaine le quotidien Le Temps. Et de relayer plusieurs critiques de riverains ou d’habitants qui regrettent le manque de verdure de ces espaces épurés.

Dans le même article, quelques lignes plus loin, l’architecte, concepteur de la place Simon-Goulart répond ainsi à ses détracteurs et d’appeler à la patience puisque les arbres plantés atteindront, un jour, 10 à 15 mètres : « la perception actuelle n’est pas celle que l’on aura dans quelques décennies », affirme-t-il. C’est sans doute vrai, mais faut-il nécessairement attendre 20, 30 ou 40 ans pour voir un peu de vert sur une place qui vient d’être rénovée? Qui peut véritablement se projeter aussi loin? N’est-ce pas un peu trop demander au commun des mortels ? C’est un peu comme si, après un bon repas, on commandait une coupe de fraises et que le garçon nous rétorquait : « Nous allons aller les cueillir, les préparer, demain nous pourrons vous les servir ». Si on ne peut pas mettre des fraises au menu, soyons créatif ! Imaginons autre chose.  Pour les espaces verts, c’est exactement identique.

Le jardin itinérant de la place Bel-Air, "made in SEVE"

Le jardin itinérant de la place Bel-Air, « made in SEVE »

On sait, tous, que les arbres ont besoin de temps pour pousser. En revanche, il y a plusieurs façons de verdir un espace minéral, un quartier bétonné. Le jardin itinérant de la place Bel-Air, que j’ai imaginé et réalisé avec mes équipes le démontre bien.

Avec quelques bananiers, des patates douces et quelques autres plantes, nous avons  simplement ajouté quelques touches végétales au milieu de la grisaille de Bel-Air. Cela a suffi, je crois, pour que l’on porte déjà un autre regard sur cet espace urbain. Lorsque que j’y passe, je constate que l’atmosphère a changé. Même le béton, entouré de vert, paraît plus beau.  En matière d’espace vert, nous devons cultiver  « l’hédonisme végétal ». Chercher aussi le plaisir immédiat, même si celui-ci est saisonnier et modeste. Cette satisfaction immédiate est parfaitement complémentaire à un travail avec la nature sur le long terme. Il n’y a aucun antagonisme entre les deux.  En tant que magistrat de la Ville de Genève, je suis bien décidé à travailler dans ce sens. Et je ne vous donne pas rendez-vous dans 30 ans, mais bien avant.